
La durée du chômage après un licenciement pour inaptitude ne dépend pas du motif inaptitude : elle suit les règles communes de l’assurance chômage. Elle va de 182 jours au minimum à 548, 685 ou 822 jours au maximum selon l’âge, d’après l’Unédic. Ce que l’inaptitude change, c’est la date à laquelle les allocations commencent, et, en cas de pension d’invalidité, leur montant.
Le licenciement pour inaptitude est la rupture du contrat qui suit un avis d’inaptitude du médecin du travail, quand aucun reclassement n’est possible. On lit pourtant qu’il ouvrirait « 3 ans de chômage ». Il n’en est rien : aucune durée particulière n’est attachée à l’inaptitude. Les 3 ans n’existent qu’à partir de 57 ans, et seulement si un complément de fin de droits est déclenché en conjoncture dégradée.
L’Unédic, dans sa fiche sur l’allocation d’aide au retour à l’emploi mise à jour le 30 avril 2026, pose trois règles.
La condition d’ouverture. Il faut avoir travaillé au moins 130 jours ou 910 heures, soit environ 6 mois, au cours des 24 derniers mois, ou des 36 derniers mois à partir de 55 ans. Ces jours n’ont pas besoin d’être continus.
Le calcul. La durée correspond aux jours calendaires compris entre le premier jour du premier contrat et la fin du dernier, dans la période de référence, auxquels s’applique un coefficient de 0,75 pour les fins de contrat intervenues depuis le 1er février 2023. Les jours non travaillés retenus ne peuvent pas dépasser 70 % des jours travaillés.
Les bornes. La durée ne peut être inférieure à 182 jours, et ne peut dépasser, après application du coefficient :
| Âge à la fin du contrat | Période de référence | Durée maximale |
|---|---|---|
| Moins de 55 ans | 24 mois | 548 jours (environ 18 mois) |
| 55 ou 56 ans | 36 mois | 685 jours (environ 22,5 mois) |
| 57 ans et plus | 36 mois | 822 jours (environ 27 mois) |
Un salarié de 45 ans, licencié pour inaptitude après plusieurs années dans l’entreprise, a travaillé sans interruption sur les 24 derniers mois. Sa période retenue compte 730 jours : 730 × 0,75 = 547,5, arrondi à 548 jours, le maximum de sa tranche d’âge.
Une salariée de 58 ans, dans la même situation, a travaillé sans interruption sur 36 mois. Sa période compte 1 095 jours : 1 095 × 0,75 = 821,25, soit environ 822 jours, là aussi le maximum.
Le motif de la rupture n’intervient à aucune étape du calcul.
Personne dans le cas courant : le maximum est de 822 jours, environ 27 mois, à partir de 57 ans. Les 3 ans n’apparaissent que dans deux cas. D’abord la période de référence de 36 mois utilisée à partir de 55 ans pour rechercher les jours travaillés, qui n’est pas une durée d’indemnisation. Ensuite le complément de fin de droits, versé en conjoncture dégradée constatée par arrêté aux allocataires à qui il reste moins de 30 jours de droits : jusqu’à 182, 228 ou 273 jours selon l’âge, soit une durée maximale de 730, 913 ou 1 095 jours. Ces 1 095 jours, 36 mois, sont les seuls « 3 ans de chômage » des règles actuelles, réservés aux 57 ans et plus.
C’est là que l’inaptitude fait une différence, à cause du préavis et des indemnités.
Quand l’inaptitude n’a pas d’origine professionnelle, le préavis n’est ni effectué ni payé, et la rupture prend effet le jour où le licenciement est notifié (article L1226-4). Le salarié peut donc s’inscrire et voir ses droits courir plus tôt qu’après un licenciement ordinaire où le préavis serait payé.
Quand elle a une origine professionnelle, le salarié reçoit, à côté de l’indemnité spéciale, une somme équivalente au préavis (article L1226-14). Le détail de ces deux indemnités figure dans notre page sur la prime de licenciement pour invalidité de catégorie 2, qui traite aussi du cas du salarié déjà pensionné.
Avant le premier versement, trois mécanismes peuvent s’enchaîner, selon l’Unédic :
La fiche de l’Unédic sur le différé spécifique, mise à jour le 27 août 2026, en donne la formule : indemnités supra-légales ÷ 111,8, le diviseur de 2026. Sa durée est plafonnée à 150 jours, et à 75 jours en cas de licenciement économique.
Le point favorable au salarié inapte se trouve dans le tableau des indemnités retenues : l’indemnité spéciale de licenciement de l’article L1226-14, égale au double de l’indemnité légale, n’entre pas dans le calcul tant qu’elle correspond au minimum prévu par les textes. L’indemnité légale de licenciement non plus. Seule la part qui dépasse ces minimums, une indemnité conventionnelle plus favorable par exemple, déclenche un différé.
| Indemnité versée | Prise en compte dans le différé spécifique ? |
|---|---|
| Indemnité légale de licenciement | Non |
| Indemnité spéciale (double de la légale, inaptitude professionnelle) | Non, si elle correspond au minimum légal |
| Part d’une indemnité conventionnelle au-delà du minimum légal | Oui |
Exemple : un salarié perçoit 6 000 € de plus que le minimum légal grâce à sa convention collective. Son différé spécifique est de 6 000 ÷ 111,8 = 53,7, soit 53 jours, auxquels s’ajoutent le différé congés payés et les 7 jours d’attente. Un salarié qui ne perçoit que l’indemnité légale, ou l’indemnité spéciale doublée, n’a pas de différé spécifique.
Oui, et sans attendre. L’inscription doit intervenir dans les 12 mois suivant la fin du contrat pour ouvrir les droits, rappelle l’Unédic, et les allocations ne sont versées qu’à partir de l’inscription, une fois les différés écoulés. Dans l’exemple de l’Unédic, un allocataire inscrit trois semaines après l’expiration de ses différés n’est indemnisé qu’à partir de son inscription plus 7 jours : les jours perdus ne se rattrapent pas.
Une inaptitude à son poste n’est pas une inaptitude à tout travail : l’avis du médecin du travail porte sur l’emploi occupé dans l’entreprise. France Travail liste parmi les conditions d’indemnisation une santé compatible avec un emploi. Un salarié qui ne peut plus travailler du tout relève d’autres dispositifs, comme la pension d’invalidité.
C’est souvent la mauvaise surprise, parce qu’une partie des salariés licenciés pour inaptitude touche déjà une pension d’invalidité. Pour France Travail, tout dépend de la catégorie et de la chronologie. En catégorie 1, les deux revenus s’additionnent. En catégorie 2 ou 3, ils ne s’additionnent que si le salarié travaillait déjà en touchant sa pension avant la rupture ; dans le cas inverse, celui d’un classement intervenu pendant l’arrêt maladie, France Travail retire de l’allocation la pension nette perçue, avant impôt.
Concrètement, l’allocation versée peut alors tomber à quelques centaines d’euros par mois, voire à zéro si la pension nette dépasse l’allocation, puisque France Travail la déduit en totalité. Si la caisse suspend ou supprime la pension, l’allocation redevient entière. Un exemple chiffré de cette déduction figure dans notre page sur la prime de licenciement pour invalidité.
Sur le plan du chômage, il n’y en a pas au sens d’une durée plus longue. Les éléments favorables tiennent à la procédure :
Le revers est le préavis non payé en cas d’inaptitude non professionnelle, et la déduction de la pension d’invalidité de catégorie 2 ou 3. Le déroulé complet de la procédure, du constat médical au reclassement, est décrit dans notre page sur l’inaptitude au travail.
L’allocation chômage n’est pas la seule ressource possible. Selon la situation, d’autres dispositifs peuvent être sollicités, chacun avec ses conditions propres : la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, qui ouvre l’accompagnement par les organismes spécialisés dans l’emploi des personnes handicapées, l’allocation aux adultes handicapés, ou la pension d’invalidité si la capacité de travail est durablement réduite. Leurs conditions se vérifient auprès de la maison départementale des personnes handicapées, de la caisse d’allocations familiales et de la caisse d’assurance maladie. Cette page ne les détaille pas faute de pouvoir chiffrer chaque cas.
Le texte couvre l’assurance chômage des salariés du secteur privé, selon les règles de l’Unédic au 5 octobre 2026. Elle ne traite pas des agents publics, ni du calcul du montant journalier de l’allocation, ni de la dégressivité des allocations élevées. La qualification professionnelle ou non de l’inaptitude relève de la caisse et, en cas de litige, du tribunal. Pour un calcul personnel, France Travail est le seul interlocuteur habilité ; pour la procédure de licenciement, un avocat ou un défenseur syndical.
La même que pour toute perte involontaire d’emploi : les jours calendaires de la période retenue multipliés par 0,75, entre 182 jours et 548 jours avant 55 ans, 685 jours à 55 ou 56 ans et 822 jours à partir de 57 ans.
Seulement un allocataire de 57 ans ou plus, et seulement si le complément de fin de droits est déclenché en conjoncture dégradée : la durée peut alors atteindre 1 095 jours. Sans ce complément, le maximum est de 822 jours.
L’allocation chômage sous les conditions habituelles, et selon la situation la reconnaissance de travailleur handicapé, l’allocation aux adultes handicapés ou la pension d’invalidité, chacune avec ses propres conditions.
Il ouvre les droits au chômage, le contrat est rompu dès la notification en cas d’inaptitude non professionnelle, et l’indemnité spéciale doublée ne déclenche pas de différé. Il n’allonge pas la durée d’indemnisation.
Oui, dans les 12 mois suivant la fin du contrat. Les allocations ne sont versées qu’à partir de l’inscription, après les différés et le délai d’attente de 7 jours.
Pas l’indemnité légale, ni l’indemnité spéciale doublée tant qu’elle correspond au minimum légal. Seule une indemnité supérieure à ces minimums déclenche un différé, plafonné à 150 jours.
Tout dépend de la catégorie : addition complète en catégorie 1 ; en catégorie 2 ou 3, la pension vient en déduction de l’allocation si elle a commencé après l’activité qui ouvre les droits.
Oui en général : sans préavis à effectuer, le contrat prend fin à la notification du licenciement, et les différés commencent à courir dès cette date.
Sources :
Ces règles valent au 5 octobre 2026, selon le règlement d’assurance chômage présenté par l’Unédic et les articles L1226-4 et L1226-14 du code du travail. La durée et le montant exacts des droits sont calculés par France Travail, seul habilité à les notifier.