
L’inaptitude au travail est déclarée par le médecin du travail, et par lui seul, quand aucun aménagement ne permet au salarié de garder son poste. À partir de l’examen qui la constate, l’employeur dispose d’un mois pour reclasser le salarié ou le licencier. Passé ce délai, il doit reprendre le versement du salaire, même si le salarié ne travaille pas. Si l’inaptitude vient d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, l’indemnité de licenciement est doublée et une indemnité égale au préavis s’y ajoute.
Cette page suit l’ordre dans lequel les choses arrivent : l’avis, le mois de recherche, la rupture éventuelle, puis l’argent, avec un exemple chiffré pour les deux origines.
L’inaptitude ne se prescrit pas chez le médecin traitant, et l’employeur ne peut pas la décider. C’est un avis du médecin du travail, encadré par l’article L4624-4 : il le rend quand il constate qu’aucune mesure d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste n’est possible et que l’état de santé justifie un changement de poste.
L’article R4624-42 fixe quatre conditions cumulatives. Le médecin doit avoir :
Un avis rendu sans étude de poste ou sans échange avec l’employeur est fragile, et c’est souvent le premier point examiné en cas de litige.
L’avis est le plus souvent rendu lors de la visite de reprise. L’article R4624-31, dans sa rédaction issue d’un décret du 12 juin 2026, la rend obligatoire après une absence d’au moins 30 jours pour accident du travail, d’au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel, après toute absence pour maladie professionnelle et après un congé de maternité. Elle a lieu le jour de la reprise, au plus tard dans les 8 jours. Le texte actuel prévoit aussi une dispense : si une visite de préreprise a eu lieu dans les 30 jours précédents et que le médecin n’y a préconisé aucun aménagement, la visite de reprise n’est plus requise, sauf si quelqu’un la demande.
Les délais sont courts et ils se suivent. Le tableau les rassemble dans l’ordre.
| Étape | Délai | Texte |
|---|---|---|
| Visite de reprise | le jour de la reprise, au plus tard 8 jours après | R4624-31 |
| Second examen, si le médecin l’estime nécessaire | au plus 15 jours après le premier | R4624-42 |
| Contestation de l’avis | 15 jours à compter de sa notification | R4624-45 |
| Reclassement ou licenciement | 1 mois à compter de l’examen de reprise | L1226-4 et L1226-11 |
| Indemnité temporaire d’inaptitude, origine professionnelle | du lendemain de l’avis, un mois au plus | D433-5 du code de la sécurité sociale |
Contester l’avis. Le salarié comme l’employeur peuvent saisir le conseil de prud’hommes, qui statue selon la procédure accélérée au fond, dans un délai de 15 jours à compter de la notification (article R4624-45). Les modalités de recours et ce délai doivent figurer sur l’avis lui-même. Passé ces 15 jours, l’avis s’impose.
Ce que l’avis peut contenir. Des conclusions écrites et des indications sur le reclassement : les tâches encore possibles, la capacité à suivre une formation. Il peut aussi porter l’une des deux mentions qui dispensent l’employeur de chercher un poste, que l’on voit plus bas.
L’avis d’inaptitude oblige l’employeur à chercher un autre emploi, c’est la règle des articles L1226-2 (origine non professionnelle) et L1226-10 (origine professionnelle). Le poste proposé doit être approprié aux capacités du salarié et aussi comparable que possible à l’ancien, au besoin par des mutations, des aménagements, des transformations de postes existants ou un aménagement du temps de travail.
Trois précisions pèsent lourd dans la pratique :
Quand aucun poste n’est possible, l’employeur doit faire connaître par écrit au salarié les motifs qui s’opposent au reclassement, avant d’engager un licenciement.
Pendant cette période, le salarié qui a connu un mi-temps thérapeutique reconnaîtra les mêmes acteurs, mais la logique est inverse : le temps partiel thérapeutique aménage le poste, l’inaptitude constate qu’il ne peut plus l’être.
C’est le point que l’on connaît le moins, et il protège le salarié. L’article L1226-4 (et L1226-11 pour l’origine professionnelle) dit que si, un mois après la date de l’examen médical de reprise, le salarié déclaré inapte n’est ni reclassé ni licencié, l’employeur lui verse, dès l’expiration de ce délai, le salaire correspondant à l’emploi qu’il occupait avant son arrêt.
Concrètement :
Ce mois de battement est la zone de risque financier. Un salarié qui n’a plus d’arrêt de travail peut se retrouver sans aucun revenu pendant ces 30 jours si l’inaptitude n’est pas d’origine professionnelle. Pour une inaptitude d’origine professionnelle, la caisse verse l’indemnité temporaire d’inaptitude, présentée plus bas.
L’employeur ne peut rompre le contrat que dans trois cas, énumérés par les articles L1226-2-1 et L1226-12 :
Dans ce troisième cas, l’employeur est dispensé de rechercher un poste. Dans tous les cas, il suit la procédure du licenciement pour motif personnel : convocation, entretien préalable, lettre motivée.
Un licenciement qui méconnaît les règles de reclassement d’une inaptitude d’origine professionnelle ouvre droit, en cas de refus de réintégration, à une indemnité fixée par le juge qui s’ajoute aux indemnités de rupture (article L1226-15).
Salarié en CDD. Le contrat peut être rompu de façon anticipée dans les mêmes cas. L’indemnité due ne peut être inférieure à l’indemnité légale de licenciement (article L1226-4-3), et au double de celle-ci si l’origine est professionnelle (article L1226-20).
Le montant dépend d’abord d’une question : l’inaptitude est-elle liée à un accident du travail ou à une maladie professionnelle ?
Versée par la caisse d’assurance maladie, elle couvre le mois d’attente quand l’inaptitude fait suite à un accident du travail ou une maladie professionnelle reconnus. Selon les articles D433-2 à D433-8 du code de la sécurité sociale :
Prenons un salarié en CDI avec 12 ans d’ancienneté, un salaire de référence de 2 400 € bruts par mois et un préavis légal de 2 mois (article L1234-1, au-delà de deux ans d’ancienneté). Aucune convention plus favorable n’est supposée.
Si l’inaptitude est d’origine non professionnelle, la durée du préavis s’ajoute à l’ancienneté pour le calcul, soit 12 ans et 2 mois :
Si l’inaptitude est d’origine professionnelle, en retenant 12 années pleines :
L’écart, plus de 12 000 € sur ce cas, explique pourquoi la reconnaissance de l’origine professionnelle est si souvent disputée. Le mode de calcul exact, notamment la prise en compte du préavis dans l’ancienneté quand l’origine est professionnelle, se vérifie auprès d’un avocat ou d’un défenseur syndical. Le versement final se fait avec le solde de tout compte, dont les délais de contestation sont propres.
L’avis d’inaptitude n’est pas une sanction et il crée des droits que le salarié n’aurait pas autrement :
Ce que l’avis ne fait pas : il ne vaut ni reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, ni pension d’invalidité. Ce sont deux démarches distinctes. La RQTH se demande à la maison départementale des personnes handicapées, et ses effets sur la fin de carrière sont détaillés dans notre page sur la RQTH et la retraite. La pension d’invalidité relève de la caisse d’assurance maladie, et son articulation avec la retraite est traitée dans notre page sur la retraite en invalidité de 2e catégorie.
Face à une inaptitude au travail, trois points dépendent de la situation individuelle : le lien entre l’inaptitude et l’accident ou la maladie, qui conditionne les indemnités doublées et se discute souvent devant le juge ; les dispositions de la convention collective, qui peuvent améliorer l’indemnité ou maintenir le salaire pendant le mois d’attente ; et le sérieux de la recherche de reclassement, qui s’apprécie au cas par cas. Pour ces questions, les bons interlocuteurs sont le médecin du travail, l’inspection du travail, la caisse d’assurance maladie pour l’indemnité temporaire, et un avocat en droit du travail ou un défenseur syndical en cas de litige.
Le médecin du travail rend un avis écrit après examen, étude du poste et échange avec l’employeur. L’employeur cherche alors un reclassement. S’il n’a ni reclassé ni licencié au bout d’un mois à compter de l’examen, il doit reprendre le versement du salaire.
Origine non professionnelle : l’indemnité légale de licenciement, sans indemnité de préavis, mais la durée du préavis compte dans l’ancienneté. Origine professionnelle : le double de l’indemnité légale, plus une indemnité égale au préavis, et l’indemnité temporaire d’inaptitude versée par la caisse pendant un mois au plus.
Au minimum un quart de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à dix ans, un tiers au-delà. Pour 12 ans à 2 400 € bruts, cela donne 7 733,33 € en origine non professionnelle et 15 200 € d’indemnité spéciale, plus 4 800 € d’indemnité compensatrice, en origine professionnelle.
Le salaire revient après un mois sans solution, l’employeur doit prouver sa recherche de reclassement, et une rupture éventuelle est indemnisée et permet de faire valoir ses droits au chômage. Les indemnités sont doublées si l’origine est professionnelle.
Oui, devant le conseil de prud’hommes, dans les 15 jours qui suivent sa notification. Le salarié comme l’employeur peuvent le faire, et le délai doit figurer sur l’avis.
Seulement si l’avis mentionne expressément que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié, ou que son état de santé fait obstacle à tout reclassement dans un emploi.
Pas par l’employeur, sauf convention plus favorable. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, la caisse verse l’indemnité temporaire d’inaptitude, égale à l’indemnité journalière de l’arrêt précédent.
Sources :
Les règles citées valent au 25 septembre 2026 et décrivent le cadre légal minimal. La convention collective applicable peut prévoir des indemnités plus élevées ou un maintien de salaire pendant le mois de recherche.