
Pour un salarié du régime général, la retraite et l’invalidité 2ème catégorie s’articulent selon une règle simple : à 62 ans, la pension d’invalidité s’arrête et elle est remplacée par une retraite au titre de l’inaptitude au travail, calculée au taux maximum de 50 %, quel que soit le nombre de trimestres. La retraite et invalidité 2ème catégorie désigne précisément ce passage automatique, prévu par les textes, d’un revenu de remplacement vers une pension de retraite. Cet âge ne suit pas le recul de l’âge légal : il reste fixé à 62 ans, quelle que soit l’année de naissance.
Deux situations échappent à cette bascule automatique, celle du titulaire qui travaille encore et celle du demandeur d’emploi indemnisé. Le reste de la page détaille ce que la retraite rapporte réellement, pourquoi le montant baisse souvent au passage, quels minimums s’appliquent et comment la retraite complémentaire suit.
| Votre situation à 62 ans | Ce qui se passe |
|---|---|
| Aucune activité, pas d’indemnisation chômage | La pension d’invalidité cesse et la retraite pour inaptitude prend le relais le 1er jour du mois qui suit les 62 ans |
| Activité professionnelle dans les 6 mois avant 62 ans | La pension d’invalidité peut être maintenue, jusqu’à la fin de l’activité et au plus tard jusqu’à 67 ans |
| Indemnisé par France Travail | La pension d’invalidité est maintenue 6 mois, puis la retraite la remplace sauf reprise d’activité |
La pension d’invalidité est un revenu de remplacement de l’Assurance maladie, pas une retraite. Elle a donc une fin. L’Assurance retraite l’écrit sans détour : à 62 ans, la pension d’invalidité prend fin et est remplacée par la retraite au titre de l’inaptitude au travail. Le point de départ est fixé au premier jour du mois qui suit le 62e anniversaire, ou au jour même de l’anniversaire pour une personne née le 1er d’un mois.
La circulaire de la Caisse nationale d’assurance vieillesse n° 2023-22 du 20 novembre 2023 classe les anciens titulaires d’une pension d’invalidité parmi les assurés réputés inaptes au travail, sans contrôle médical. Autrement dit, le médecin-conseil de la caisse de retraite n’a pas à réexaminer l’état de santé : la notification de la pension d’invalidité suffit. Le signalement passe directement de la caisse d’assurance maladie à la caisse de retraite, dans le cadre de ce que les textes appellent la substitution.
La règle vaut pour les trois catégories d’invalidité. La 2e catégorie, celle des personnes absolument incapables d’exercer une profession quelconque, n’a pas de régime de retraite à part. Ce qui la distingue se joue en amont, sur le montant de la pension d’invalidité : 50 % du salaire annuel moyen des 10 meilleures années, entre 338,31 € et 2 002,50 € par mois en 2026, selon la fiche de Service Public vérifiée le 1er avril 2026.
La loi de financement rectificative de la Sécurité sociale pour 2023 a relevé l’âge légal de 3 mois par génération. Son article 11, codifié à l’article L. 351-1-5 du code de la sécurité sociale, a créé au 1er septembre 2023 une catégorie de départ anticipé pour quatre publics : les assurés reconnus inaptes au travail, ceux qui justifient d’un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 %, les titulaires d’une pension d’invalidité et les bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés. Tous gardent le droit de partir à 62 ans au taux maximum, comme avant la réforme.
L’écart avec les autres salariés reste donc réel. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu une partie du calendrier pour les retraites qui débutent à partir du 1er septembre 2026. Selon la circulaire Cnav n° 2026-07 du 5 mars 2026, l’âge légal est désormais de 62 ans et 9 mois pour les personnes nées entre le 1er janvier 1963 et le 31 mars 1965, de 63 ans pour celles nées d’avril à décembre 1965, puis il remonte d’un trimestre par génération jusqu’à 64 ans à partir de la génération 1969.
Un titulaire d’une pension d’invalidité né en 1964 part ainsi à 62 ans, là où un collègue du même âge attend 62 ans et 9 mois. Né en 1970, l’écart atteint deux ans. L’Aperçu IA de Google, qui parle d’un âge légal « fixé à 62 ans », mélange les deux notions : 62 ans est l’âge de la bascule pour l’invalidité, ce n’est plus l’âge légal de droit commun. Le tableau complet par génération figure dans notre page sur la RQTH et la retraite, qui compare aussi les départs anticipés liés au handicap.
La retraite pour inaptitude suit la formule de droit commun, avec un seul avantage, mais de taille : le taux.
Le taux est de 50 %, le maximum, quelle que soit la durée d’assurance, en application de l’article L. 351-8 du code de la sécurité sociale. Il n’y a pas de décote, même avec une carrière très incomplète.
Le salaire annuel moyen est calculé sur les 25 meilleures années, comme pour tout salarié du privé (article R. 351-29 du même code). Ce ne sont plus les 10 meilleures années retenues pour la pension d’invalidité.
La durée d’assurance reste proratisée : la pension de base est multipliée par le nombre de trimestres au régime général, divisé par la durée de référence de la génération. Le taux plein supprime la décote, il ne supprime pas cette proportion.
Les années d’invalidité ne sont pas perdues pour autant. Selon l’Agirc-Arrco, qui reprend la règle du régime de base, un trimestre est validé pour chaque trimestre civil comprenant trois mensualités de pension d’invalidité, en catégorie 1, 2 ou 3. Ces trimestres sont assimilés : ils comptent dans la durée, mais pas comme des trimestres cotisés.
Souvent, oui, et la formule l’explique. Prenons un salarié né en octobre 1964, en invalidité 2e catégorie depuis plusieurs années.
La baisse atteint environ 250 € par mois sur le seul régime de base. La retraite complémentaire comble une partie de l’écart, parce qu’elle s’ajoute alors que la pension d’invalidité était versée seule. Ce calcul est une illustration : le montant réel figure sur le relevé de carrière et l’estimation fournis par la caisse.
La circulaire Cnav de 2023 prévoit un garde-fou pour les anciens invalides : la retraite, majoration du minimum comprise, ne peut pas être inférieure au montant de l’allocation aux vieux travailleurs salariés, ni au montant d’une pension d’invalidité attribuée avant le 31 mai 1983.
C’est le cas le plus mal connu, et la question revient sur tous les forums : peut-on garder sa pension d’invalidité quand on travaille encore ? Oui, sous conditions, en vertu des articles L. 341-16 et L. 341-17 du code de la sécurité sociale.
Selon l’Assurance retraite, la pension d’invalidité est maintenue pendant 6 mois après 62 ans si l’assuré a exercé une activité professionnelle dans les 6 mois précédant ses 62 ans, ou s’il perçoit un revenu de remplacement versé par France Travail. S’il exerce une activité à 62 ans, il n’est pas concerné par la substitution automatique : la pension d’invalidité continue jusqu’à la fin de l’activité, et au plus tard jusqu’à l’âge du taux plein automatique, 67 ans. Service Public confirme ce plafond de 67 ans pour le cumul de la pension d’invalidité et d’un revenu d’activité.
Trois conséquences pratiques en découlent.
Ce maintien concerne la pension d’invalidité versée par la caisse d’assurance maladie. Il ne dit rien du contrat de travail lui-même : un salarié en invalidité 2e catégorie qui ne peut plus tenir son poste relève de la procédure décrite dans notre page sur l’inaptitude au travail. L’inaptitude constatée par le médecin du travail et l’inaptitude reconnue pour la retraite portent le même nom, mais ce sont deux décisions distinctes, prises par deux médecins différents.
Deux mécanismes existent, et ils ne jouent pas au même moment.
La retraite pour inaptitude étant servie au taux maximum, elle peut être portée au minimum contributif (article L. 351-10 du code de la sécurité sociale). Selon Service Public, pour une retraite prenant effet en 2026 :
Ces montants correspondent à une carrière complète au régime général. Pour une carrière plus courte, le minimum est réduit en proportion de la durée d’assurance. Le point qui pénalise les anciens invalides est là : les trimestres d’invalidité sont assimilés, pas cotisés. Une longue période en invalidité compte pour la durée, mais elle n’aide pas à franchir le seuil de 120 trimestres cotisés qui ouvre la partie majorée.
L’allocation de solidarité aux personnes âgées s’obtient en principe à 65 ans. La circulaire Cnav n° 2023-22 précise qu’elle peut être attribuée dès 62 ans aux titulaires d’une retraite pour inaptitude. C’est l’un des vrais avantages de la bascule.
Selon Service Public, vérifié le 23 juin 2026, l’ASPA porte les ressources jusqu’à 1 043,59 € par mois pour une personne seule et 1 620,18 € pour un couple. Elle est différentielle : elle complète les autres revenus jusqu’à ce plafond. Elle est récupérable sur la succession, pour la part de l’actif net qui dépasse 108 586,14 € en métropole.
La retraite complémentaire suit le régime de base, avec ses propres règles.
Pendant l’invalidité, l’Agirc-Arrco attribue des points sans cotisation lorsque l’arrêt dépasse 60 jours consécutifs et que l’assuré perçoit une pension d’invalidité de catégorie 1, 2 ou 3. Ces points sont calculés à partir de ceux inscrits l’année qui précède l’arrêt de travail. Il faut transmettre la notification de la pension à la caisse de retraite complémentaire pour qu’ils soient portés au compte.
Au départ, Service Public indique que la retraite complémentaire est versée sans minoration lorsque la retraite de base est obtenue au taux plein, ce qui est le cas de la retraite à 62 ans pour inaptitude. Le coefficient de solidarité, la baisse temporaire de 10 % pendant trois ans, a été supprimé pour les retraites qui prennent effet à compter du 1er décembre 2023.
La demande de retraite en ligne sur le portail commun des régimes vaut pour la base et pour la complémentaire. C’est le moyen le plus simple de ne pas oublier la seconde.
La substitution est automatique dans son principe, mais l’Assurance retraite demande de déposer une demande de retraite auprès de sa caisse régionale pour que la retraite pour inaptitude soit effectivement liquidée. Mieux vaut ne pas attendre le mois des 62 ans : un dossier incomplet, c’est un mois sans pension d’invalidité ni retraite.
Deux droits se prolongent au-delà de la bascule :
Mis bout à bout, les avantages sont au nombre de cinq :
Le revers tient au calcul sur 25 ans et à la proportion de trimestres, qui font souvent baisser le revenu au moment de la bascule.
Cette page sur la retraite et invalidité 2ème catégorie décrit le régime général des salariés. Les fonctionnaires relèvent d’un régime d’invalidité propre, les travailleurs indépendants et les salariés agricoles suivent des règles voisines mais distinctes. Le cumul d’une pension d’invalidité de 1re catégorie avec un temps partiel, et l’indemnité de licenciement d’un salarié en invalidité, sont des sujets à part. Pour un montant précis, seules la caisse d’assurance maladie et la caisse de retraite, par la Carsat de votre région, peuvent chiffrer le dossier ; en cas de désaccord sur le montant, la commission de recours amiable de la caisse est la première voie.
Oui, à 62 ans, pour le régime général : elle est remplacée par la retraite au titre de l’inaptitude au travail. L’exception concerne l’assuré qui travaille encore ou qui est indemnisé par France Travail : la pension peut alors être maintenue, au plus tard jusqu’à 67 ans en cas d’activité.
Au taux de 50 % sans décote, sur le salaire annuel moyen des 25 meilleures années, multiplié par le nombre de trimestres rapporté à la durée exigée pour la génération. Les périodes d’invalidité valident des trimestres.
La retraite peut être portée au minimum contributif, 756,29 € bruts par mois pour une carrière complète en 2026, ou 903,93 € avec au moins 120 trimestres cotisés. Si les ressources restent faibles, l’ASPA peut compléter dès 62 ans, jusqu’à 1 043,59 € par mois pour une personne seule.
Un départ à 62 ans quelle que soit la génération, le taux maximum sans décote, des trimestres et des points Agirc-Arrco pendant l’invalidité, une complémentaire sans minoration et l’accès à l’ASPA dès 62 ans.
Non. Les anciens titulaires d’une pension d’invalidité sont réputés inaptes au travail. La notification de la pension suffit, et la caisse d’assurance maladie signale le dossier à la caisse de retraite.
Non. L’article L. 351-1-5 du code de la sécurité sociale maintient la retraite à 62 ans pour les titulaires d’une pension d’invalidité, alors que l’âge légal des autres salariés va de 62 ans et 9 mois à 64 ans selon la génération.
Sources :
Les règles citées valent au 25 septembre 2026 pour les salariés du régime général et renvoient aux articles L. 341-15 à L. 341-17, L. 351-1-5, L. 351-8, L. 351-10 et L. 355-1 du code de la sécurité sociale. L’exemple chiffré est une illustration : le montant de votre retraite dépend de votre relevé de carrière, que seule votre caisse de retraite peut établir.