
RQTH et retraite ne vont plus automatiquement ensemble. Depuis le 1er janvier 2016, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ne suffit plus, à elle seule, pour partir à la retraite avant l’âge légal : l’Assurance retraite exige, pour les périodes travaillées depuis cette date, une incapacité permanente d’au moins 50 % ou un handicap de niveau comparable. Les années couvertes par une RQTH avant le 31 décembre 2015 restent en revanche comptées.
La question se pose donc en deux temps : quelles années de carrière comptent, et combien il en faut selon l’année de naissance. Cette page détaille les deux, puis la majoration de pension que beaucoup oublient de vérifier et les démarches à engager avant de quitter son poste.
RQTH et retraite désigne le lien entre la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et le droit de partir avant l’âge légal, un lien que la loi a resserré. La réponse courte : une RQTH obtenue aujourd’hui n’ouvre aucun droit à un départ anticipé. Une RQTH détenue avant 2016 peut encore en ouvrir un.
La règle figure noir sur blanc sur la page de l’Assurance retraite consacrée aux travailleurs handicapés : les trimestres retenus sont ceux où l’assuré a travaillé en étant atteint d’une incapacité permanente au moins égale à 50 %, ou, pour les périodes antérieures au 31 décembre 2015, en étant reconnu travailleur handicapé. Le texte de référence est l’article L351-1-3 du code de la sécurité sociale, qui organise la retraite anticipée des assurés handicapés.
Concrètement, une carrière se découpe en deux blocs :
Un salarié reconnu travailleur handicapé depuis 2008, avec un taux d’incapacité inférieur à 50 %, garde donc ses trimestres de 2008 à 2015. Ceux cotisés depuis 2016 ne s’ajoutent pas, sauf si un taux d’au moins 50 % a été reconnu entre-temps. C’est souvent ce second bloc qui manque pour atteindre le seuil.
La RQTH conserve tout son intérêt pendant la vie professionnelle, pour l’aménagement du poste, l’obligation d’emploi ou l’accompagnement vers un reclassement. Ces effets ne sont pas traités ici : cette page sur RQTH et retraite porte uniquement sur le départ à la retraite du salarié du privé, au régime général.
Le taux de 50 % n’est pas le seul chemin. L’Assurance retraite énumère les situations qui justifient d’un handicap de niveau comparable :
La pension d’invalidité de 2e catégorie mérite une attention particulière, parce qu’elle ouvre aussi une autre voie de sortie, la retraite pour inaptitude à 62 ans. Son fonctionnement est expliqué dans notre page sur la retraite en invalidité de 2e catégorie.
Depuis la réforme des retraites de 2023, le taux d’incapacité de 50 % suffit aussi pour saisir la commission qui valide les trimestres pour handicap. La même réforme a supprimé la condition de durée d’assurance validée : seule compte désormais la durée cotisée.
Le départ est possible dès 55 ans. Plus on part tôt, plus il faut de trimestres cotisés en situation de handicap. Ils sont calculés tous régimes confondus, dans la limite de 4 par an.
| Année de naissance | Départ à 55 ans | 56 ans | 57 ans | 58 ans | 59 ans |
|---|---|---|---|---|---|
| 1964 | 79 | 69 | |||
| 1965 | 89 | 79 | 69 | ||
| 1966 | 99 | 89 | 79 | 69 | |
| 1967 à 1969 | 110 | 100 | 90 | 80 | 70 |
| 1970 à 1972 | 111 | 101 | 91 | 81 | 71 |
| À partir de 1973 | 112 | 102 | 92 | 82 | 72 |
Lecture : une salariée née en 1975 peut partir à 57 ans si elle totalise 92 trimestres cotisés alors qu’elle était en situation de handicap au sens de la règle ci-dessus, soit 23 années pleines. Les générations nées avant 1964 relevaient d’un seuil unique de 68 trimestres pour un départ à 59 ans.
Tous les trimestres ne se valent pas. Ne comptent que les périodes ayant donné lieu à cotisation : obligatoire, volontaire, rachat (sauf le rachat dit « Fillon ») ou régularisation d’arriérés. Les trimestres d’assurance vieillesse des parents au foyer, les périodes de volontariat associatif et certains rachats sont exclus. Les périodes cotisées dans un autre pays européen, ou dans un pays lié à la France par un accord de sécurité sociale, peuvent être retenues.
Point important, ce départ se fait au taux maximum de 50 %, sans décote, même si la durée d’assurance totale est loin du compte. C’est ce qui le distingue d’un départ ordinaire avant d’avoir tous ses trimestres.
Partir à 55 ans au taux maximum ne suffit pas à garantir une pension correcte. La pension du régime général reste proratisée selon la durée d’assurance : un assuré qui part avec 110 trimestres sur les 172 requis pour sa génération toucherait une pension réduite d’autant. La majoration de pension existe pour corriger cet effet.
La réponse ministérielle publiée au Journal officiel le 3 décembre 2019, en réponse à la question écrite n° 15570, en rappelle la formule, fixée à l’article D351-1-5 du code de la sécurité sociale : le coefficient de majoration est égal au tiers du rapport entre la durée cotisée en situation de handicap et la durée d’assurance dans le régime.
Un exemple de calcul, à titre d’illustration :
La majoration a un plafond : la pension majorée ne peut pas dépasser le montant qu’aurait atteint une pension « pleine », calculée avec la durée d’assurance complète. L’Assurance retraite précise qu’elle est accordée lorsque la durée maximum n’est pas atteinte au régime général. Ce calcul ne vaut que pour la retraite de base : la retraite complémentaire obéit à ses propres règles, à vérifier auprès de sa caisse complémentaire.
Sans handicap reconnu, l’âge de départ dépend de l’année de naissance. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a suspendu en partie le calendrier de la réforme de 2023, pour les retraites qui débutent depuis le 1er septembre 2026. Voici les repères publiés par l’Assurance retraite, mis à jour le 23 septembre 2026 :
| Année de naissance | Âge légal | Trimestres pour le taux maximum |
|---|---|---|
| 1963 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| 1965, né de janvier à mars | 62 ans et 9 mois | 170 |
| 1965, né d’avril à décembre | 63 ans | 171 |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 |
| 1969 et 1970 | 64 ans | 172 |
L’écart se mesure en années. Un salarié né en 1970 qui remplit la condition des 111 trimestres cotisés en situation de handicap peut partir à 55 ans, soit neuf ans avant l’âge légal de sa génération, et sans décote.
Un filet de sécurité existe pour ceux qui n’atteignent pas les seuils du tableau précédent : selon l’Assurance retraite, un assuré qui justifie d’un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % peut prendre sa retraite à 62 ans au taux maximum, même sans avoir le nombre de trimestres nécessaire. Là encore, une RQTH sans taux ne suffit pas.
La retraite n’est jamais versée automatiquement, et la retraite anticipée pour handicap demande une étape de plus que la retraite ordinaire.
L’Assurance retraite insiste sur un point qui évite bien des drames : ne pas cesser de travailler avant d’avoir obtenu la confirmation de ses régimes de base et complémentaires. Une démission ou une rupture négociée sur la foi d’un calcul personnel peut laisser plusieurs mois sans revenu.
Quand l’état de santé ne permet plus de tenir le poste avant ces échéances, la question devient celle de l’inaptitude, qui obéit à une procédure propre et ouvre des indemnités spécifiques. Elle est décrite dans notre page sur l’inaptitude au travail. Une reprise progressive reste parfois possible avant d’en arriver là, par un mi-temps thérapeutique prescrit par le médecin traitant.
Les fonctionnaires relèvent de règles voisines mais gérées par leur propre régime, qui dispose de sa documentation. La retraite pour incapacité permanente, liée à un accident du travail ou une maladie professionnelle, est un dispositif distinct. Enfin, le calcul exact d’une pension, et en particulier de la majoration, ne peut être confirmé que par la caisse : les chiffres ci-dessus illustrent la règle, ils ne remplacent pas une estimation personnelle.
Oui, dès 55 ans, à deux conditions : avoir cotisé le nombre de trimestres requis pour sa génération en situation de handicap, et que ces trimestres soient couverts par une RQTH s’ils sont antérieurs au 31 décembre 2015, ou par un taux d’incapacité d’au moins 50 % s’ils sont postérieurs.
Trois avantages possibles : un départ dès 55 ans, un départ au taux maximum de 50 % sans décote, et une majoration de pension égale au tiers du rapport entre trimestres cotisés en situation de handicap et durée d’assurance totale, dans la limite d’une pension complète.
En vérifiant son relevé de carrière, en rassemblant les décisions de reconnaissance, puis en demandant à sa caisse régionale l’attestation de départ anticipé des assurés handicapés, au plus tôt 6 mois avant la date possible. La demande de retraite suit, au moins 5 mois avant le départ.
Pas pour la retraite anticipée si le taux d’incapacité reste inférieur à 50 %. Elle garde ses effets pendant la vie professionnelle, pour l’aménagement du poste et l’accompagnement dans l’emploi.
Les trimestres cotisés depuis 2016 comptent pour le départ anticipé, la commission qui valide les trimestres pour handicap peut être saisie, et un départ à 62 ans au taux maximum reste possible même sans tous les trimestres.
Non. La pension majorée est plafonnée au montant qu’aurait atteint une pension calculée avec la durée d’assurance complète.
Sources :
Les règles citées valent au 25 septembre 2026 pour les salariés du régime général. La validation des trimestres, l’attestation de départ anticipé et le montant de la pension relèvent de la caisse régionale d’assurance retraite, seule à pouvoir les confirmer sur la base du relevé de carrière.