
Comment toucher 100 % de son salaire en arrêt maladie ? La loi seule ne le permet pas. La Sécurité sociale verse 50 % du salaire journalier de base, plafonné, après 3 jours de carence. L’employeur complète jusqu’à 90 % du brut, puis deux tiers, à condition d’avoir un an d’ancienneté, et seulement à partir du 8e jour. Le 100 % vient d’ailleurs : de la convention collective, d’un accord d’entreprise ou du contrat de prévoyance. C’est donc dans ces trois documents qu’il faut chercher, avant même d’envoyer l’arrêt.
Voici comment les trois étages s’additionnent, qui paie quoi, et un calcul sur un salaire de 2 400 € bruts qui montre où se loge la perte.
Le revenu d’un salarié en arrêt se construit comme un empilement, et chaque étage a son payeur et ses propres conditions.
| Étage | Qui paie | Combien | À partir de quand |
|---|---|---|---|
| Indemnités journalières | la caisse d’assurance maladie | 50 % du salaire journalier de base, 42,97 € par jour au plus | 4e jour d’arrêt |
| Complément légal | l’employeur | jusqu’à 90 % du brut, puis 66,66 % | 8e jour d’arrêt, un an d’ancienneté exigé |
| Complément conventionnel ou prévoyance | l’employeur ou l’organisme de prévoyance | selon le texte, jusqu’à 100 % | selon le texte |
Le troisième étage est le seul qui peut mener à 100 %. Les deux premiers, cumulés, laissent toujours une perte.
Service Public, dans sa fiche sur les indemnités journalières vérifiée le 1er juin 2026, donne la règle : le salaire journalier de base est la somme des 3 derniers salaires bruts divisée par 91,25, et l’indemnité journalière vaut 50 % de ce montant.
Deux limites s’appliquent :
La durée est limitée à 12 mois d’indemnités sur une période de 3 ans dans le cas général, et à 3 ans en cas d’affection de longue durée. Les indemnités journalières sont soumises à la CSG et à la CRDS à des taux particuliers, ce qui compte quand on compare avec un salaire net.
Qui est concerné par le plafond ? Tout salarié au-dessus de 2 613,82 € bruts par mois. Pour lui, la Sécurité sociale verse moins de la moitié du salaire réel, et l’écart grandit avec le salaire. L’écart saute aux yeux dans un arrêt maladie de plus de 3 mois, quand le complément employeur s’arrête et que seule l’indemnité plafonnée reste.
C’est l’employeur, au titre de l’indemnité complémentaire de l’article L1226-1 du code du travail. Elle n’est pas automatique : quatre conditions doivent être réunies.
Sont exclus du complément légal les salariés travaillant à domicile, les saisonniers, les intermittents et les intérimaires. Dans sa version à jour au 27 juin 2026, l’article exclut aussi le complément en cas de fraude avérée du salarié pour obtenir les indemnités journalières, dont la caisse a informé l’employeur.
L’article D1226-1 fixe deux paliers : 90 % de la rémunération brute que le salarié aurait perçue s’il avait travaillé pendant les 30 premiers jours, puis deux tiers pendant les 30 jours suivants. L’article D1226-2 allonge chaque palier de 10 jours par tranche entière de 5 ans d’ancienneté au-delà de la première année, sans dépasser 90 jours par palier.
| Ancienneté | Jours à 90 % | Jours à 66,66 % |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 | 30 |
| 6 à 10 ans | 40 | 40 |
| 11 à 15 ans | 50 | 50 |
| 16 à 20 ans | 60 | 60 |
| 21 à 25 ans | 70 | 70 |
| 26 à 30 ans | 80 | 80 |
| 31 ans et plus | 90 | 90 |
Le maintien de salaire désigne le complément que l’employeur verse par-dessus les indemnités journalières, pour que le salarié touche un pourcentage garanti de son salaire brut pendant l’arrêt.
Pour une maladie, le complément employeur ne démarre qu’au-delà de 7 jours d’absence (article D1226-3). Pour un accident du travail ou une maladie professionnelle, il court dès le premier jour, accident de trajet excepté.
Un point piège les arrêts répétés : la durée d’indemnisation se calcule sur 12 mois glissants (article D1226-4). Trois arrêts dans l’année consomment le même crédit de jours à 90 % et à 66,66 %.
Le complément employeur vient en déduction : il garantit un total. Sont retirées les indemnités journalières de la Sécurité sociale, ainsi que la part des prestations de prévoyance qui résulte des versements de l’employeur (article D1226-5). Le salarié ne touche donc pas 50 % plus 90 %, mais 90 % au total.
Prenons un salarié à 2 400 € bruts par mois, 3 ans d’ancienneté, en arrêt maladie pendant 30 jours, sans convention plus favorable. Pour simplifier, le salaire est réparti sur 30 jours, soit 80 € par jour.
Salaire journalier de base : 2 400 × 3 / 91,25 = 78,90 €. Indemnité journalière : 39,45 €. Le salaire est sous le plafond, qui ne joue pas.
| Période | Sécurité sociale | Employeur | Total par jour |
|---|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | 0 € | 0 € | 0 € |
| Jours 4 à 7 | 39,45 € | 0 € | 39,45 € |
| Jours 8 à 30 | 39,45 € | 32,55 € | 72,00 € (90 % de 80 €) |
La perte se concentre sur deux moments : la première semaine, sans aucun complément, et l’écart de 10 % qui reste ensuite.
Le même arrêt à 4 000 € bruts. Le plafond joue : l’indemnité journalière est bloquée à 42,97 €. Tant que l’employeur garantit 90 %, le total reste de 120 € par jour, parce que son complément grossit d’autant. Mais du 4e au 7e jour, et dès que ses droits au complément sont épuisés, le salarié ne perçoit plus que 42,97 € par jour, soit environ 1 289 € sur 30 jours, moins d’un tiers de son salaire.
C’est ici que se joue le 100 %. Le complément légal est un minimum, et trois textes peuvent faire mieux.
La convention collective de branche, dont l’intitulé figure sur le bulletin de paie. Elle peut réduire ou supprimer la carence de 7 jours, abaisser la condition d’un an d’ancienneté, porter le maintien à 100 % ou allonger les durées. Le Code du travail numérique rappelle qu’un accord d’entreprise peut aussi s’appliquer, et que le contrat de travail peut prévoir des règles propres.
L’accord d’entreprise : il peut prévoir un maintien plus favorable que la branche. Le service du personnel ou le CSE savent dire s’il existe.
Le contrat de prévoyance collective, souscrit par l’employeur auprès d’un organisme assureur. Il peut prendre le relais quand le maintien de salaire s’arrête, ce qui compte surtout pour les arrêts longs. Sa notice précise le délai de franchise, le taux garanti et s’il vise le brut ou le net.
Dans la pratique, quatre gestes limitent la perte :
La subrogation est le mécanisme par lequel l’employeur se substitue au salarié pour percevoir les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale, en échange de quoi il maintient le salaire à une certaine hauteur. C’est la définition qu’en donne le Code du travail numérique.
Ses effets concrets :
Sans subrogation, le salarié perçoit les indemnités journalières directement de la caisse, et l’employeur ne verse que son complément. Le total est le même, le calendrier ne l’est pas.
Il n’existe pas de règle propre à la dépression. Un arrêt pour dépression est un arrêt maladie comme un autre : mêmes indemnités journalières, même complément employeur, mêmes 7 jours de carence, sauf convention plus favorable.
Deux situations changent le calcul :
Quand l’arrêt s’allonge, la reprise peut passer par un mi-temps thérapeutique, où le salaire du temps travaillé se combine avec des indemnités journalières. Si la reprise s’avère impossible, c’est la procédure d’inaptitude au travail qui s’ouvre, avec son mois de recherche de reclassement.
Le montant net exact, qui dépend des taux de CSG et de CRDS appliqués aux indemnités et du traitement du complément employeur. Les dispositions de votre convention collective, qui peuvent tout changer. Et les garanties de votre contrat de prévoyance. Pour ces trois points, les interlocuteurs sont le service de paie, le CSE, la caisse d’assurance maladie pour les indemnités journalières, et l’inspection du travail en cas de désaccord sur le complément.
L’employeur, au titre de l’indemnité complémentaire de l’article L1226-1 du code du travail, pour les salariés qui ont un an d’ancienneté. Un organisme de prévoyance peut prendre le relais ou compléter selon le contrat souscrit par l’entreprise.
Envoyer l’arrêt dans les 48 heures, vérifier ce que prévoit la convention collective sur la carence et le taux de maintien, et demander la notice de prévoyance. Seuls ces textes peuvent porter le revenu à 100 %.
Pas par la loi. Les règles sont celles de tout arrêt maladie : 50 % par la Sécurité sociale, jusqu’à 90 % avec le complément employeur. Le 100 % dépend de la convention collective ou de la prévoyance.
Anticiper la première semaine, qui n’est pas couverte par le complément employeur en cas de maladie, vérifier la subrogation pour éviter un décalage de trésorerie, et faire jouer la prévoyance pour les arrêts longs.
3 jours pour les indemnités journalières de la Sécurité sociale, 7 jours pour le complément légal de l’employeur. Une convention collective peut réduire ou supprimer ce second délai.
Oui pour le complément légal, apprécié au premier jour de l’absence. Une convention collective peut prévoir une condition plus courte.
Sources :
Les règles citées valent au 26 septembre 2026 et décrivent le minimum légal. Le montant des indemnités journalières est confirmé par la caisse d’assurance maladie ; la convention collective et le contrat de prévoyance peuvent prévoir un maintien de salaire plus favorable.